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La défaite oubliée

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Derrière le rideau d'arbres, se cachent les marais de Saint-Gond.

Notre guide est déjà plongé dans ses méditations napoléoniennes.



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Je profite de notre halte à ETOGES pour me désaltérer à la fontaine " Père la casquette."

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La route d'Etoges à Châlons-en-Champagne.

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A la sortie d' ETOGES.

Derrières les vignes de Champagne, pointe le sommet du clocher de Fèrebrianges.

 

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Germinon et son monument aux morts de la Grande Guerre. 

 

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Eglise de GERMINON.

Dans son ouvrage intitulé 1814
, le grand historien Henri Houssaye ( 1848 - 1911 ) écrit à ce propos :

"Les faisceaux étaient formés depuis un quart d'heure et les hommes commençaient à manger, lorsque le général Delort aperçut un gros de cavalerie qui se dirigeait perpendiculairement à la route. C'était l'avant-garde de l'armée de Silésie, en marche de Châlons sur Bergères. Prévenu par Gneisenau, qui avait poussé en personne une reconnaissance sur la gauche, qu'un convoi considérable s'avançait vers Vatry, Korff avec ses 4000 dragons et chasseurs, les 1500 Cosaques de Karpow et une batterie légère, avait quitté la route à Thibie et passé la Somme-Soude près de Germinon. Pendant ce temps, le gros de l'armée de Blücher, précédé par la cavalerie de Wassiltchikoff, continuait sa marche sur Bergères."

Vers onze heures moins quart, la cavalerie alliée de Korff attaque donc de flanc les Français qui venaient de faire une halte près de Villeseneux, à mi-chemin entre Bergères et
Vatry.

Henry Houssaye s'est interrogé sur le nombre de soldats français engagés dans ce combat de Fère-Champenoise :

"Les rapports russes et les historiens français ( Koch, Vaudoncourt, Thiers ) portent les deux divisions à 5800 ou 6000 fusils. D'après la relation manuscrite du général Delort, brigadier de Pacthod, ce petit corps n'aurait pas dépassé le chiffre de 3300 hommes : 800 pour les conscrits d'Amey ; 2500 pour les gardes nationales de Pacthod et le bataillon du 54ème. A comparer les situations des Archives de la guerre, il semble que Delort ait mis un 2 pour un 3 en donnant l'effectif de la division Pacthod. La situation du 1er mars porte 3955 hommes ; celle du 5 mars, 4007 celle du 10 ( la dernière qui se trouve aux Archives ), 4027. Pacthod ne combattit point du 10 au 25 mars. Qu'il ait perdu pendant ces quinze jours 500 hommes par les maladies et la désertion, c'est bien là tout ce qu'on peut admettre. On arrive ainsi au minimum de 3500 hommes. Pour la division Amey, que Koch évalue à 1800 hommes, la relation du général Delort qui la porte seulement à 800 hommes est conforme aux situations du 11ème corps : 793 hommes."

 

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Pont de Germinon sur la Somme-Soude. 

 

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La Somme-Soude, réunion de deux petites rivières, la Somme, qui prend sa source à Sommesous, et la Soude, qui naît à Soudé-Sainte-Croix.

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

    Samedi 19 septembre 2009.

Il est midi et la journée est magnifique avec un soleil éclatant !

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Les armées de Silésie et de Bohême ont vaincu Napoléon et sa petite troupe à La Rothière, le 1er février 1814.

Euphoriques, elles décident de marcher séparément vers PARIS et ainsi de vivre plus facilement sur le pays envahi.

L'armée de Silésie, commandée par le prussien Blücher, remonte alors vers le nord et avance résolument vers la capitale, en empruntant la route de la Marne et du Petit Morin, alors que l'armée de Bohême, dirigée par l'Autrichien Schwarzenberg, poursuit lentement mais sûrement sa progression vers l'ouest, en suivant la route de l'Aube et de la Seine.

Après avoir eu connaissance de la séparation des deux armées étrangères, Napoléon décide de livrer bataille aux forces de Blücher qu'il bat à CHAMPAUBERT, MONTMIRAIL, CHATEAU-THIERRY et VAUCHAMPS.

Du 10 au 14 février, il remporte victoire sur victoire et redonne ainsi espoir à la France en guerre.

La campagne de France n'est pas encore terminée.




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Ces fûts de canon ont été fondus dans les années 1830 !
Ils sont donc postérieurs à l'époque napoléonienne qui nous intéresse aujourd'hui.


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Nous ne sommes plus qu'à quelques kilomètres des lieux où se sont déroulés les événements du 25 mars 1814.

Eric, mon coéquipier et copilote, consulte très, très attentivement ses cartes infroissables.

Il faut se rendre à GERMINON, trouver l'endroit où les cavaliers de Korff ont traversé la Somme-Soude, petite rivière née de la réunion de la Soude et de la Somme.

Contrairement à ce que vous pourriez éventuellement penser, il ne s'agit pas de la Somme en Picardie.

En quittant à regret Champaubert, nous poursuivons notre route vers les champs de bataille de Fère Champenoise.

 

Un arrêt à ETOGES, charmant petit village au milieu des vignes champenoises, s'impose à nous.

 


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Château d' ETOGES
 
Il avait été construit au XVIIè Siècle par les comtes d'Anglure, à l'emplacement d'une forteresse de l'époque médiévale entourée de douves dont les tours d'angles sont toujours visibles.

Il devint, en 1802, la propriété de monsieur François-Scholastique Guéheneuc qui avait marié sa fille, Louise, au général Lannes, le fidèle compagnon d'armes de Napoléon Bonaparte, le 16 septembre 1800.

Monsieur Guéheneuc connut une brillante carrière politique sous l'Empire, marquée par son entrée au Sénat conservateur, le 3 mars 1810, et par son élévation au rang de comte, le 14 avril 1810.

Louise, qui eut la douleur de perdre à la guerre son mari, devint la dame d'honneur de l'impératrice Marie-Louise, la seconde épouse de Napoléon.

Louis CHARDIGNY, auteur d'un livre passionnant, LES MARECHAUX DE NAPOLEON, écrit à son propos : "Après la chute de l'Empire, elle rentra sans regret dans la vie privée et ne fit plus parler d'elle pendant les quarante-deux ans que dura encore son existence."

Elle mourut, en effet, à PARIS, le 3 juillet 1856.
  
Aujourd'hui, le château d'Etoges est la propriété d'une hostellerie restaurant.

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - La campagne de France

Samedi 19 septembre 2009, première excursion historique vers les paysages mémorables de la Campagne de France de 1814.

Les découvreurs des temps modernes :

Didier, le photographe d'art et d'histoire.

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Eric, le conseiller historique.

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Notre principal objectif aujourd'hui, c'est de retrouver les champs de la bataille de Fère-Champenoise du 25 mars 1814, les lieux des combats entre la petite troupe de PACTHOD et d'AMEY et la cavalerie alliée de KORFF.

Nous avons décidé d'emprunter la route qui mène de Montmirail à Châlons-en-Champagne pour photographier les fameuses colonnes de Montmirail et de Champaubert puis, à hauteur de Chaintrix, de prendre la route qui traverse Germinon, Vatry et Soudé-Sainte-Croix.

Nous disposons du guide napoléonien rédigé par Alain CHAPPET, Alain PIGEARD, Roger MARTIN, André ROBE, et publié en 1981, ainsi que de quelques cartes de la région.

Nous avons pris, comme livre de référence, l'ouvrage de l'historien Henri HOUSSAYE, 1814, le grand classique en la matière.

Il rend compte des difficultés rencontrées par Napoléon, au commencement de l'année 1814, pour reconstituer une nouvelle grande armée, après les catastrophes de Russie ( 1812 ) et d'Allemagne ( 1813 ).

Contrairement à l'année précédente, les armées de la 6ème coalition européenne ont mis à profit l'hiver 1813-1814 pour poursuivre les Français après leur victoire du 19 octobre 1813 à Leipzig, en Saxe, et pénétrer profondément en territoire français, jusqu'au coeur de la Champagne, à quelques journées de marche de PARIS.

L'état d'impréparation militaire et de grand dénuement de la France est manifeste :

" Les cohortes actives de la garde nationale, dont l'habillement, l'équipement et, en raison de l'état des arsenaux, l'armement même incombaient à l'administration civile, n'étaient pas mieux pourvues. Ces hommes portaient la blouse, beaucoup le chapeau rond ; presque tous marchaient en sabots. Les plus militaires d'aspect avaient un shako, une giberne et un havresac. Au cours de la campagne, l'empereur donna l'ordre d'habiller les milices avec les capotes et les shakos des prisonniers de guerre. On dut y renoncer à cause de la vermine qui infectait les effets. Dans la garde nationale, moitié de l'armement se composait de mauvais fusils de chasse, obtenus à grand'peine par les réquisitions. Certains bataillons arrivaient absolument sans armes dans les camps de concentration ( de troupes ). Le 16 février, 1000 gardes nationaux s'armèrent sur le champ de bataille avec les fusils de l'ennemi." ( Henri Houssaye )

De Nogent-sur-Seine, Napoléon écrit au maréchal Augereau, duc de Castiglione, commandant de l'armée de Lyon, le 21 février 1814 :

" Mon cousin, le ministre de la guerre m'a mis sous les yeux la lettre que vous lui avez écrite le 16. Cette lettre m'a vivement peiné. Quoi ! six heures après avoir reçu les premières troupes venant d'Espagne, vous n'étiez pas déjà en campagne ! Six heures de repos leur suffisaient. J'ai remporté le combat de Nangis avec la brigade de dragons venant d'Espagne, qui de Bayonne n'avait pas débridé. Les six bataillons de la division de Nîmes manquent, dites-vous, d'habillement et d'équipement, et sont sans instruction : quelle pauvre raison me donnez-vous là, Augereau ! J'ai détruit 80000 ennemis avec des bataillons composés de conscrits, n'ayant pas de gibernes et étant mal habillés ! Les gardes nationales, dites-vous, sont pitoyables : j'en ai ici 4000 venant d'Angers et de Bretagne, en chapeaux ronds, sans gibernes, avec des sabots, mais ayant de bons fusils ; j'en ai tiré un bon parti. Il n'y a pas d'argent, continuez-vous : et d'où espérez-vous tirer de l'argent ? Vous ne pourrez en avoir que quand nous aurons arraché nos recettes des mains de l'ennemi. Vous manquez d'attelages : prenez-en partout. Vous n'avez pas de magasins : ceci est par trop ridicule. Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre pour vous mettre en campagne. Si vous êtes toujours l'Augereau de Castiglione, gardez le commandement ; si vos soixante ans pèsent sur vous, quittez-le et remettez-le au plus ancien de vos officiers généraux. La patrie est menacée et en danger ; elle ne peut être sauvée que par l'audace et la bonne volonté, et non par de vaines temporisations. Vous devez avoir un noyau de plus de 6000 hommes de troupes d'élite : je n'en ai pas tant, et j'ai pourtant détruit trois armées, fait 40000 prisonniers, pris deux cents pièces de canon et sauvé trois fois la capitale. L'ennemi fuit de tous côtés sur Troyes. Soyez le premier aux balles. Il n'est plus question d'agir comme dans les derniers temps, mais il faut reprendre ses bottes et sa résolution de 93 ! Quand les Français verront votre panache aux avants-postes et qu'ils vous verront vous exposer le premier aux coups de fusil, vous en ferez ce que vous voudrez ! "

 

Bien des ouvrages historiques tout à fait sérieux se sont longuement attardés sur les insoumis, les déserteurs, les réfractaires au service militaire au point de donner une vision inexacte de la situation générale à la fin de l'Empire.

Il s'est, en effet, trouvé des centaines de milliers de jeunes gens originaires de la France, de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie, de la Pologne, pour tenter de débarrasser l'Empire de ces armées étrangères pour le moins envahissantes.

Nous avons toujours ressenti un pincement au coeur, en évoquant les Marie-Louises, ces jeunes gens qui réussirent le tour de force de se faire un nom avec deux très jolis prénoms féminins.

"On les appelait les Marie-Louises ces pauvres petits soldats soudainement arrachés au foyer et jetés, quinze jours après l'incorporation, dans la fournaise des batailles. Ce nom de Marie-Louises, ils l'ont inscrit avec leur sang sur une grande page de l'histoire. C'étaient des Marie-Louises, ces cuirassiers sachant à peine se tenir à cheval, qui, à Valjouan, enfonçaient cinq escadrons et sabraient avec tant de fureur qu'ils ne voulaient pas faire de quartier. C'étaient des Marie-Louises, ces chasseurs dont le général Delort disait, au moment d'aborder l'ennemi : "Je crois qu'on perd la tête de me faire charger avec de la cavalerie pareille !", et qui traversaient Montereau comme une trombe, culbutant les bataillons autrichiens massés dans les rues. C'était un Marie-Louise, ce tirailleur qui, indifférent à la musique des balles comme à la vue des hommes frappés autour de lui, restait fixe à sa place sous un feu continu, sans riposter lui-même, et répondait au maréchal Marmont "Je tirerais aussi bien qu'un autre, mais je ne sais pas charger mon fusil." C'était un Marie-Louise, ce chasseur qui à Champaubert fit prisonnier le général Olsufjew et ne le voulut lâcher que devant l'empereur." ( Henri Houssaye )

Pour fixer dans les esprits les lieux de notre excursion historique, voici une carte postale créée par Didier, notre photographe.

 

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

La campagne de France est la suite logique de la campagne d'Allemagne de 1813 qui elle-même découlait de la célèbre campagne de Russie de 1812, marquée par le tragique passage de la Bérézina.

En décembre 1813, alors que s'engage la campagne de France, l'Empire ne s'est toujours pas remis de ses pertes titanesques dans les plaines enneigées de l'empire russe.

"Pour Napoléon, le désastre est irréparable. Ce n'était pas seulement sa puissance militaire qui était frappée, mais tout son système politique européen. Avec la destruction de ses régiments polonais, croulait l'oeuvre de régénération ébauchée par la création du grand-duché de Varsovie. Avec la destruction de ses régiments allemands, croulaient sa Confédération du Rhin, son royaume de Westphalie, tous ses plans d'organisation d'une Germanie soumise à la France. Les deuils que cet immense désastre avait semés dans les autres pays de l'Europe, en Hollande, en Belgique, en Suisse, dans toute l'Italie, de Milan à Naples et de Venise à Turin, et jusque dans les Provinces illyriennes, préparaient la dislocation et l'émiettement de l'empire napoléonien. L'Europe napoléonienne était surtout une Europe des camps et des champs de bataille. Or, presque tout entière, elle était restée dans les plaines de la Russie. A sa place une autre Europe allait se révéler ; elle venait de signifier son avènement, le 30 décembre 1812, par l'éclatante défection de York de Wartenburg. Napoléon s'était donné l'orgueil d'armer contre la Russie jusqu'à vingt nations et de déplacer l'Europe pour ainsi dire, de l'Ouest à l'Est. Alexandre n'allait pas armer moins de nations contre le César français, et cette fois, le flux des masses en armes se ferait de l'est à l'ouest, entraînant dans ses flots, nation par nation, armée par armée, tout ce qui acclamait naguère les aigles de Napoléon" ( LAVISSE et RAMBAUD, Napoléon ).

A propos de l'empire napoléonien, nous vous conseillons de lire le livre de Jean TULARD, Le Grand Empire 1804-1815, publié à la bibliothèque de l'Evolution de l'Humanité, chez Albin Michel.


L'année 1813 a été marquée par la course aux armements et la militarisation des nations en guerre.

L'exemple le plus frappant reste celui de la Prusse qui réussit, en quelques mois, à transformer une petite troupe de 42000 hommes en une véritable armée de 350000 hommes de première ligne.

La Russie, l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre sont parvenues non sans mal, au cours de l'été 1813, à s'allier contre la France, à conclure une alliance qui va se révéler durable dans le temps.  

L'Allemagne étant en 1813 le principal théâtre de la guerre en Europe, Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie, y exerce pleinement son commandement en chef des forces armées.

En son absence de PARIS, Marie-Louise, sa seconde épouse, exerce la régence, une régence soumise à son autorité.

Par exemple, le sénatus-consulte du 9 octobre 1813, signé par l'impératrice-régente, a été au préalable approuvé par Napoléon le 27 septembre 1813.

Cette régence fictive permet de surnommer affectueusement les jeunes gens appelés au service militaire, les Marie-Louises, et ainsi de détourner partiellement l'attention de la population de l'essentiel, l'appel anticipé des classes 1814 et 1815.
  
Cet appel anticipé effectué par le sénatus-consulte du 9 octobre 1813 ne peut, en effet, que susciter de graves inquiétudes dans une population en manque d'informations exactes sur la situation réelle de Napoléon et de la grande armée en Allemagne.

Prologue à l'invasion de la France, la défaite décisive de Leipzig en Saxe n'intervient finalement que le 19 octobre 1813.

Aux côtés des Marie-Louises incorporés dans les divisions de Pacthod et d'Amey, nous trouvons des vétérans de la guerre d'Espagne commencée en 1808.

Parmi les troupes commandées par le général Pacthod à Fère-Champenoise, un bataillon du 54ème de ligne représente bel et bien ces fameux vétérans que nous pourrions appeler les pompiers de l'Empire français dans la mesure où ils interviennent là où l'Empereur en a le plus besoin.

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Hélas ! Napoléon ne peut en aucun cas disposer de l'intégralité de ses troupes d'Espagne, commandées par les brillants maréchaux Soult et Suchet.

Elles ont déjà fort à faire avec les armées espagnoles, portugaises et britanniques, dans le Sud-Ouest de la France, au cours de l'hiver 1813-1814.

Engagés au compte-gouttes en Champagne et dans la Brie, les vétérans de la guerre d'Espagne ne peuvent en aucun cas influer de façon décisive sur le cours des opérations militaires menées par l'Empereur en personne.

En définitive, le salut de l'Empire napoléonien ne peut venir que de levées massives de gardes nationaux.
 
A propos des vétérans d'Espagne, les cahiers du colonel Girard donnent un aperçu saisissant de la pénible traversée du territoire du sud-ouest de la France à la région parisienne :

"Nous étions dans cette situation lorsque notre général en chef reçut de l'Empereur l'ordre de faire partir pour Paris, immédiatement, et en poste, notre division.
Je la devançai afin de m'assurer que les préfets et sous-préfets des départements que nous traversions tenaient bien à notre disposition, comme l'Empereur le leur avait prescrit, le nombre de chevaux et de voitures nécessaires à notre transport. Nous devions marcher jour et nuit, avec un arrêt d'une heure sur vingt-quatre pour le repas des troupes. L'ordre dont j'étais porteur m'enjoignait de rendre compte à l'Empereur de la moindre négligence des hauts fonctionnaires et me donnait tout pouvoir pour accélérer la marche. La plupart des préfets n'avaient pas rempli complétement leur mission ; d'autres ne pouvaient nous fournir que des boeufs.
Ce mois de février 1814 était mauvais. Le méchant état des chemins, la neige, la pluie, la grêle rendaient notre marche excessivement difficile et les autorités nous secondaient d'autant plus mal que l'Empereur ne leur inspirait déjà plus la même crainte ni la même confiance. Malgré tous les obstacles, nous fussions arrivés plus tôt, si à Etampes, un nouvel ordre ne nous eût dirigés sur Melun. Lorsque nous atteignîmes cette ville, le préfet vint nous dire que les Cosaques couraient les campagnes voisines. On n'entendait parler que d'eux. Chacun les voyait partout et nous qui les cherchions ne parvînmes à les rencontrer qu'après deux jours de marche vers Montereau où nous ralliâmes l'aile droite de l'armée commandée par le maréchal Oudinot."

Le dictionnaire des colonels de Napoléon, rédigé par Danielle et Bernard QUINTIN, nous apprend que ce brave colonel Girard fut blessé devant Laon le 9 mars 1814, qu'il se maria le 26 juillet 1814 et qu'il décéda à Toulon ( Var ) le 10 juillet 1846.

En bordure de la D407, route de MEAUX à CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE, l'empereur NAPOLEON III a ordonné en 1866 la réalisation de ce monument, en mémoire des batailles de la campagne de France de février 1814.
   

 

A Montmirail, l'Aigle relève la tête !


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Aux côtés des Marie-Louises et des vétérans de la guerre d'Espagne, nous trouvons des gardes nationaux.

 

La garde nationale ?

 

Une force publique dépendant du ministère de l'Intérieur, pouvant être mise à la disposition du ministère de la Guerre.

 

Les régimes politiques en place se sont toujours méfiés de la garde nationale, institution née au début de la Révolution en 1789 et dissoute brutalement en 1871 aux lendemains de la Commune.

Ils craignaient effectivement d'en perdre le contrôle au profit de leurs opposants et ainsi de créer l'événement propice à leur renversement.

La récupération des armes imprudemment distribuées à des civils constituait, selon eux, une opération à très hauts risques.

Dans ces conditions, moins la garde nationale était mobilisée, mieux les régimes en place se portaient.

L'Empire napoléonien n'a pas dérogé à cette règle de défiance à l'égard de la garde nationale, peu rassemblée jusqu'en 1812, année choisie par Napoléon pour lancer la titanesque expédition de Russie.

Levée suivant la loi dite Jourdan-Delbrel votée en 1798, l'armée de conscription ( service militaire long avec opérations extérieures ), est alors déplacée en masses à travers l'Europe jusqu'aux frontières occidentales de la Russie.

 

La garde nationale ( une de ses missions : service militaire court dans des unités provisoires sans opérations extérieures ) devient, par nécessité, une composante à part entière des forces françaises de l'intérieur de l'Empire napoléonien, dont les armées combattent simultanément sur deux fronts, l'Espagne et la Russie.

La garde nationale est organisée, dès mars 1812, en trois catégories, en trois bans :

. Le premier regroupe les hommes de 20 à 26 ans qui peuvent éventuellement être incorporés en tant que conscrits ( la conscription ) dès lors qu'ils sont sans attache ( célibataire par exemple ) et ont tiré un mauvais numéro ;
. Le deuxième, ceux de 26 à 40 ans ;
. Le troisième ( arrière-ban ), ceux de 40 à 60 ans.

Bien évidemment, l'Empereur Napoléon puise essentiellement dans les deux premiers bans.

Au lendemain du désastre de Russie, il n'hésite pas à créer 22 régiments de ligne, du 135ème au 156ème, avec les cohortes du premier ban de la garde nationale mobilisées en 1812.

Au cours de l'invasion de la France pendant l'hiver 1813-1814, ce qui était totalement inimaginable quelques années auparavant se produit finalement, la garde nationale accède au rang d'armée de première ligne.

 

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Rédacteur des articles "Garde nationale" et "Gardes d'honneur" dans le DICTIONNAIRE NAPOLEON sous la direction de JEAN TULARD, Georges CARROT a écrit un ouvrage, La Garde Nationale ( 1789 - 1871 ) Une force publique ambiguë, publié chez L'Harmattan en 2001, que nous conseillons vivement pour son érudition.

 

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

 

L'ange de la mort

 
Terre de Champagne : champ de bataille.


25 mars 1814 : La campagne de france touche à sa fin.
 
Après deux mois de dure campagne, l'Empereur Napoléon décide de ne plus couvrir PARIS de sa personne et d'éloigner les armées étrangères de la capitale en se portant lui-même vers le Rhin.

Les grandes armées de Bohême et de Silésie ne se laissent pas distraire par Napoléon et marchent résolument, le 25 mars 1814, vers PARIS pour s'en emparer et ainsi créer l'événement qui mettra fin à cette guerre interminable.

Ce jour fatidique, un convoi de vivres et de munitions, escorté par les divisions des généraux Pacthod et Amey, chemine à travers la campagne en direction de VATRY au nord-est de FERE-CHAMPENOISE.

Il tente de rejoindre d'abord les corps d'armée des maréchaux d'Empire, Marmont et Mortier, en suivant la route qui de Bergères mène à Vatry et à Soudé-Sainte-Croix, puis la petite armée de Napoléon, vaincue récemment à Arcis-sur-Aube.

 

Michel-Marie PACTHOD

 

Le général Michel-Marie PACTHOD ( 1764 - 1830 ).

 

Les divisions des généraux Pacthod et Amey sont dangereusement isolées en rase campagne, sur un terrain qui ne leur permettrait pas, en cas d'attaque d'une cavalerie renforcée par de l'artillerie à cheval, de prendre une position de défense inexpugnable, inviolable pour ainsi dire.

Lorsqu'elle se décide à attaquer, la cavalerie russe du général Korff, avant-garde de l'armée de Silésie, constitue d'emblée un périlleux danger pour les troupes françaises qui faisaient une halte près de VILLESENEUX.

S'ensuit une retraite mémorable à travers champs par CLAMANGES, ECURY-LE-REPOS, en direction de FERE-CHAMPENOISE, qui se finira par la destruction du dernier carré français devant les marais de Saint-Gond, entre AULNAY-AUX-PLANCHES et MORAINS-LE-PETIT, à l'est de BANNES.

 

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Pourquoi s'intéresser à ce combat plutôt qu'à un autre ?

Au même moment, les maréchaux Marmont et Mortier luttent pied à pied avec les troupes de l'armée de Bohême de Soudé-Sainte-Croix jusqu'à Linthes, en passant par Fère Champenoise ( premier combat de Fère Champenoise ).

Pourquoi sillonner le champ de bataille des généraux Pacthod et Amey plutôt qu'un autre ?

La réponse se décline de la façon suivante :

. Ni l'Empereur, ni les maréchaux, ni l'élite de l'armée ( la Garde impériale ), ne sont présents aux côtés de ces deux généraux ;

. Les troupes françaises sont composées essentiellement de gardes nationaux provenant des départements et des arrondissements maritimes, des soldats en sabots, en habits civils, armés de fusils de chasse, qui rappellent, par leur aspect extérieur, la grande armée catholique et royale de 1793, qui fit trembler la République, la Convention, les Révolutionnaires ;


. Ces gardes nationaux représentent symboliquement le peuple en armes qui se défend lui-même contre les agressions venues de l'extérieur, la force publique qui contribue, avec une formation militaire des plus rudimentaires, à la défense nationale, aux côtés de régiments de ligne durement éprouvés par les dernières campagnes ( Russie, Allemagne, Espagne ).

Comme chacun a pu le remarquer, le bicentenaire du Premier Empire n'est pas franchement une grande réussite.

Après des débuts prometteurs durant l'hiver 2004 - 2005, il s'est rapidement essoufflé et les commémorations d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, de Friedland et de Wagram, sont passées presque totalement inaperçues.

La République a superbement ignoré l'Empire, en la personne de son président.

Qu'en sera-t-il en 2014, à l'occasion du bicentenaire de 1814, d'une invasion qui n'épargna aucune frange de la population ?

Après la stupeur, la surprise et même l'affolement à l'annonce de l'invasion, la population se ressaisit et, en mars 1814, les armées étrangères sont continuellement attaquées, leurs convois constamment harcelés et leurs lignes de communication fortement perturbées.

La résistance, chère à notre président actuel ( lettre de Guy Môquet ), s'organise, se raffermit de jour en jour et aurait fini par l'emporter si les intrigues politiques à PARIS n'avaient pas changé le cours de l'histoire.

Les contemporains de Napoléon ont réclamé, après les événements de 1814, la construction d'un mausolée à Fère-Champenoise, en souvenir de la résistance admirable de quelques milliers de gardes nationaux devant les marais de Saint-Gond.

 

Dans son Histoire des campagnes de 1814 et 1815, en France, le général Guillaume de Vaudoncourt écrit à ce propos :

 

"Quinze cents hommes furent faits prisonniers avec les généraux Pacthod, Amey, Delord, Bonté et Thévenet. Un millier environ s'échappèrent par le marais. Le restant au nombre de trois mille cinq cents mourut au Champ-d'honneur : c'étaient presque tous des gardes nationaux. Leur cendre, qu'on aurait vue dans d'autres temps recouvrir d'un mausolée honorable, languit ignorée dans les champs, où ils se sont sacrifiés pour l'indépendance nationale. La patrie ne les a pas oubliés."

 

Ce qui était vrai dans les années 1820 ne l'est plus aujourd'hui !


Notre modeste contribution au bicentenaire de la campagne de France de 1814 sera :

de vous faire découvrir des lieux en Brie et en Champagne que vous ne connaissez pas et que vous n'aurez pas forcément la possibilité de découvrir par vous-mêmes ;

de faire des recherches, dans les fonds d'archives existants, pour découvrir le convoi de munitions et de vivres ainsi que son escorte ( AYHSM ).

 

Carte Briarde

 

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

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La défaite oubliée

Histoire militaire de la France ; campagne de 1814 ( Fère-Champenoise, Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, Trilport et Meaux ; cohortes de gardes nationaux et compagnies mobiles de canonniers garde-côtes de Napoléon ) ; bicentenaire de 1814 en Brie et en Champagne ; général Farine du Creux ( 1770-1833 ) ; bataille de la Marne de 1914 ( Marais de Saint-Gond ) ; centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 ( Meaux et Chauconin-Neufmontiers ) ; campagnes de 1940 et de 1944-1945 ; service historique de la Défense ( SHD ) au château de Vincennes ( Val-de-Marne ) ; Santeny ( Val-de-Marne ) ; notre bonne ville de Yerres ( Essonne ).

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