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La défaite oubliée

Samedi 19 septembre 2009, première excursion historique vers les paysages mémorables de la Campagne de France de 1814.

Les découvreurs des temps modernes :

Didier, le photographe d'art et d'histoire.

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Eric, le conseiller historique.

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Notre principal objectif aujourd'hui, c'est de retrouver les champs de la bataille de Fère-Champenoise du 25 mars 1814, les lieux des combats entre la petite troupe de PACTHOD et d'AMEY et la cavalerie alliée de KORFF.

Nous avons décidé d'emprunter la route qui mène de Montmirail à Châlons-en-Champagne pour photographier les fameuses colonnes de Montmirail et de Champaubert puis, à hauteur de Chaintrix, de prendre la route qui traverse Germinon, Vatry et Soudé-Sainte-Croix.

Nous disposons du guide napoléonien rédigé par Alain CHAPPET, Alain PIGEARD, Roger MARTIN, André ROBE, et publié en 1981, ainsi que de quelques cartes de la région.

Nous avons pris, comme livre de référence, l'ouvrage de l'historien Henri HOUSSAYE, 1814, le grand classique en la matière.

Il rend compte des difficultés rencontrées par Napoléon, au commencement de l'année 1814, pour reconstituer une nouvelle grande armée, après les catastrophes de Russie ( 1812 ) et d'Allemagne ( 1813 ).

Contrairement à l'année précédente, les armées de la 6ème coalition européenne ont mis à profit l'hiver 1813-1814 pour poursuivre les Français après leur victoire du 19 octobre 1813 à Leipzig, en Saxe, et pénétrer profondément en territoire français, jusqu'au coeur de la Champagne, à quelques journées de marche de PARIS.

L'état d'impréparation militaire et de grand dénuement de la France est manifeste :

" Les cohortes actives de la garde nationale, dont l'habillement, l'équipement et, en raison de l'état des arsenaux, l'armement même incombaient à l'administration civile, n'étaient pas mieux pourvues. Ces hommes portaient la blouse, beaucoup le chapeau rond ; presque tous marchaient en sabots. Les plus militaires d'aspect avaient un shako, une giberne et un havresac. Au cours de la campagne, l'empereur donna l'ordre d'habiller les milices avec les capotes et les shakos des prisonniers de guerre. On dut y renoncer à cause de la vermine qui infectait les effets. Dans la garde nationale, moitié de l'armement se composait de mauvais fusils de chasse, obtenus à grand'peine par les réquisitions. Certains bataillons arrivaient absolument sans armes dans les camps de concentration ( de troupes ). Le 16 février, 1000 gardes nationaux s'armèrent sur le champ de bataille avec les fusils de l'ennemi." ( Henri Houssaye )

De Nogent-sur-Seine, Napoléon écrit au maréchal Augereau, duc de Castiglione, commandant de l'armée de Lyon, le 21 février 1814 :

" Mon cousin, le ministre de la guerre m'a mis sous les yeux la lettre que vous lui avez écrite le 16. Cette lettre m'a vivement peiné. Quoi ! six heures après avoir reçu les premières troupes venant d'Espagne, vous n'étiez pas déjà en campagne ! Six heures de repos leur suffisaient. J'ai remporté le combat de Nangis avec la brigade de dragons venant d'Espagne, qui de Bayonne n'avait pas débridé. Les six bataillons de la division de Nîmes manquent, dites-vous, d'habillement et d'équipement, et sont sans instruction : quelle pauvre raison me donnez-vous là, Augereau ! J'ai détruit 80000 ennemis avec des bataillons composés de conscrits, n'ayant pas de gibernes et étant mal habillés ! Les gardes nationales, dites-vous, sont pitoyables : j'en ai ici 4000 venant d'Angers et de Bretagne, en chapeaux ronds, sans gibernes, avec des sabots, mais ayant de bons fusils ; j'en ai tiré un bon parti. Il n'y a pas d'argent, continuez-vous : et d'où espérez-vous tirer de l'argent ? Vous ne pourrez en avoir que quand nous aurons arraché nos recettes des mains de l'ennemi. Vous manquez d'attelages : prenez-en partout. Vous n'avez pas de magasins : ceci est par trop ridicule. Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre pour vous mettre en campagne. Si vous êtes toujours l'Augereau de Castiglione, gardez le commandement ; si vos soixante ans pèsent sur vous, quittez-le et remettez-le au plus ancien de vos officiers généraux. La patrie est menacée et en danger ; elle ne peut être sauvée que par l'audace et la bonne volonté, et non par de vaines temporisations. Vous devez avoir un noyau de plus de 6000 hommes de troupes d'élite : je n'en ai pas tant, et j'ai pourtant détruit trois armées, fait 40000 prisonniers, pris deux cents pièces de canon et sauvé trois fois la capitale. L'ennemi fuit de tous côtés sur Troyes. Soyez le premier aux balles. Il n'est plus question d'agir comme dans les derniers temps, mais il faut reprendre ses bottes et sa résolution de 93 ! Quand les Français verront votre panache aux avants-postes et qu'ils vous verront vous exposer le premier aux coups de fusil, vous en ferez ce que vous voudrez ! "

 

Bien des ouvrages historiques tout à fait sérieux se sont longuement attardés sur les insoumis, les déserteurs, les réfractaires au service militaire au point de donner une vision inexacte de la situation générale à la fin de l'Empire.

Il s'est, en effet, trouvé des centaines de milliers de jeunes gens originaires de la France, de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie, de la Pologne, pour tenter de débarrasser l'Empire de ces armées étrangères pour le moins envahissantes.

Nous avons toujours ressenti un pincement au coeur, en évoquant les Marie-Louises, ces jeunes gens qui réussirent le tour de force de se faire un nom avec deux très jolis prénoms féminins.

"On les appelait les Marie-Louises ces pauvres petits soldats soudainement arrachés au foyer et jetés, quinze jours après l'incorporation, dans la fournaise des batailles. Ce nom de Marie-Louises, ils l'ont inscrit avec leur sang sur une grande page de l'histoire. C'étaient des Marie-Louises, ces cuirassiers sachant à peine se tenir à cheval, qui, à Valjouan, enfonçaient cinq escadrons et sabraient avec tant de fureur qu'ils ne voulaient pas faire de quartier. C'étaient des Marie-Louises, ces chasseurs dont le général Delort disait, au moment d'aborder l'ennemi : "Je crois qu'on perd la tête de me faire charger avec de la cavalerie pareille !", et qui traversaient Montereau comme une trombe, culbutant les bataillons autrichiens massés dans les rues. C'était un Marie-Louise, ce tirailleur qui, indifférent à la musique des balles comme à la vue des hommes frappés autour de lui, restait fixe à sa place sous un feu continu, sans riposter lui-même, et répondait au maréchal Marmont "Je tirerais aussi bien qu'un autre, mais je ne sais pas charger mon fusil." C'était un Marie-Louise, ce chasseur qui à Champaubert fit prisonnier le général Olsufjew et ne le voulut lâcher que devant l'empereur." ( Henri Houssaye )

Pour fixer dans les esprits les lieux de notre excursion historique, voici une carte postale créée par Didier, notre photographe.

 

Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

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La défaite oubliée

Histoire militaire de la France ; campagne de 1814 ( Fère-Champenoise, Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, Trilport et Meaux ; cohortes de gardes nationaux et compagnies mobiles de canonniers garde-côtes de Napoléon ) ; bicentenaire de 1814 en Brie et en Champagne ; général Farine du Creux ( 1770-1833 ) ; bataille de la Marne de 1914 ( Marais de Saint-Gond ) ; centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 ( Meaux et Chauconin-Neufmontiers ) ; campagnes de 1940 et de 1944-1945 ; service historique de la Défense ( SHD ) au château de Vincennes ( Val-de-Marne ) ; Santeny ( Val-de-Marne ) ; notre bonne ville de Yerres ( Essonne ).

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