Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 20:57

Les soldats Français réunis à MEAUX et dans ses environs ignorent tout des intentions de l'ennemi.  

Depuis trois jours, il marche résolument sur PARIS.

Deux armées, huit corps d'armée, pas moins de 150000 hommes, sont mobilisés dans cette opération de grande envergure.

Le 25 mars, les avant-gardes de l'armée de Bohème ont balayé les corps d'armée de MARMONT et de MORTIER, moins de 20000 hommes, sur la chaussée de VITRY-LE-FRANCOIS à SEZANNE, au cours du premier combat de FERE-CHAMPENOISE.

Quant aux avant-gardes de l'armée de Silésie, elles ont détruit, en ce premier jour de l'offensive, avec le concours de l'artillerie à cheval et de la cavalerie russes de l'armée de Bohème, les carrés des gardes nationales actives de PACTHOD et d'AMEY, 4300 hommes, près des marais de Saint-Gond, au nord de FERE-CHAMPENOISE.

Nous tenons à préciser que les gardes nationaux d'AMEY, tombés héroïquement lors du second combat de FERE-CHAMPENOISE, étaient issus de la division des gardes nationales de MEAUX.

Le 26 mars, les avant-gardes prussiennes, descendues sur la route de SEZANNE à MEAUX, ont interdit aux troupes de MARMONT et de MORTIER de faire leur jonction avec les forces de COMPANS et de VINCENT.

Ainsi, le lendemain, MARMONT ne dirigera pas la défense de MEAUX et les Français ne seront pas tous réunis dans cette place.

Le 27 mars, les avant-gardes prussiennes remontent vers le nord, à la rencontre de l'avant-garde russo-prussienne commandée par le général EMMANUEL.

La jonction entre les Prussiens du général HORN et la force d'action rapide d'EMMANUEL se produit précisément à une lieue ( 4 kilomètres environ ) de JOUARRE.

Le franchissement de la MARNE à hauteur de TRILPORT est l'objectif assigné par l'état-major de l'armée de Silésie à EMMANUEL.

Sous la pression de l'ennemi, l'adjudant commandant MICHAL doit évacuer LA FERTE-SOUS-JOUARRE, et la cavalerie du général VINCENT, secondé par 400 à 500 "gardes nationaux des environs", se retirer du plateau de SAINT-JEAN-LES-DEUX-JUMEAUX.

De la rive gauche de la MARNE, les Français passent sur la rive droite.

Ils sont en mode REPLI.

La suite des événements leur est, malheureusement, très, très défavorable.

Dans sa lettre du 27 mars à 6 heures du soir, le général COMPANS écrit :

" L'ennemi s'est présenté à TRILPORT, y a braqué quelques canons et a mitraillé une garde que le général LEDRU avait établie sur la rive droite avec ordre de couler les bateaux qui étaient là pour l'établissement d'un pont. Cette garde s'est enfuie et les bateaux n'ont point été coulé. "

Dans son rapport du 27 mars à 9 heures du soir, le général LEDRU précise à ce propos :

" Monseigneur ( général CLARKE ), vers 4 heures, l'ennemi s'est inopinément présenté au TREPORT ( TRILPORT ) avec de l'artillerie et de l'infanterie et a tiré quelques coups de canon sur mes postes qui se sont enfui sans se défendre, sans même avoir le courage de couler le baq qui servait à communiquer avec LA FERTE SOUS JOUARRE quoique j'eusse eu la précaution d'y laisser des ouvriers avec des haches et des tarières. "

L'événement décisif des combats pour MEAUX vient de se produire.

Dès lors, les Français vont lutter, vainement, contre les Russes et les Prussiens.

Le général COMPANS écrit :

" Le général LEDRU s'est aussitôt porté vers TRILPORT avec ses troupes, la cavalerie du général VINCENT et 4 bouches à feu que j'ai mises à sa disposition ; à son arrivée, il a trouvé que l'ennemi avait déjà passé de l'infanterie et peu après il a eu même affaire à de la cavalerie. Il me fait dire en ce moment ( 6 heures du soir ) que ses forces ne suffisent plus et qu'il ne pourra exécuter le projet que nous avions eu de charger et de faire prisonnier les partis que nous supposions que l'ennemi aurait eu le temps de passer sur la rive droite. "

Le général LEDRU précise à ce propos :

" Averti de cette circonstance ( le franchissement de la MARNE à TRILPORT par l'ennemi ), je m'y suis porté au galop avec un obusier et deux pièces de 12 de la batterie du général COMPANS et j'empêchais l'ennemi de passer et de se servir de ses pontons lorsqu'une colonne de sa cavalerie passée à gué, au dessus de POINCY, s'est portée sur ma gauche et a poussé le général VINCENT. J'ai alors été obligé de partager mes forces et l'ennemi en a profité pour faire passer de l'infanterie ; cependant la cavalerie grossissait à vue d'oeil et allait entrer dans MEAUX. Le général VINCENT m'en faisait prévenir à chaque instant ; la nuit arrivait et je me suis déterminé à me retirer sur la ville ; mais déjà l'ennemi arrivait par la route de La FERTE MILON et exécutait des charges qui ont mis nos troupes dans le plus grand désordre. "

LEDRU rejette la responsabilité des malheurs de la journée sur ses propres soldats :

" Rien n'a été possible de les retenir. Cavalerie, artillerie, infanterie tout s'est précipité pêle mêle dans la place ( de MEAUX ) en jettant ses armes.

J'ai la douleur d'annoncer à votre Excellence ( général CLARKE ) qu'on ne peut avoir de plus mauvais soldats. "

En outre, LEDRU n'hésite pas à accuser l'adjudant commandant MICHAL de négligence :

" M. le général MICHAL attaqué dès 9 heures du matin, avait évacué LA FERTE SOUS JOUARRE et s'était retiré par la rive droite de la MARNE sur l'OURCQ sans que j'en eusse été prévenu. "

Les accusations portées par LEDRU sont pour le moins discutables.

AMEY et LEDRU commandent, en effet, des gardes nationaux provenant des mêmes régiments de gardes nationales, avec des comportements radicalement différents.

Avec AMEY, ils sont héroïques au cours du second combat de FER-CHAMPENOISE du 25 mars 1814 et, sous LEDRU, ils sont pitoyables.

Il est vrai que LEDRU était absent de TRILPORT, lors de l'arrivée de l'ennemi, sans aucun motif valable.

Le général COMPANS exerçait, en effet, le commandement en chef des troupes réunies à MEAUX et dans ses environs.

Par conséquent, rien n'obligeait LEDRU à rester dans MEAUX.

La place de LEDRU était à TRILPORT, avec ses soldats en manque d'expérience de la guerre.

A propos de MICHAL, LEDRU est, à notre avis, particulièrement injuste.

Dans sa lettre du 27 mars à 2 heures après midi, LEDRU fait, en effet, état de la reconnaissance effectuée par un officier supérieur jusqu'à LA FERTE SOUS JOUARRE.

Cet officier supérieur ne donne pas le moindre renseignement, à propos d'une attaque " dès 9 heures du matin " et de l'évacuation de cette place.

A 9 heures du soir, LEDRU conclut ainsi son rapport au général CLARKE :

" En conséquence, M. le général COMPANS vient de donner ses ordres pour que notre petite colonne se retire sur CLAYES et tâche de sauver son parc et de conserver quelques soldats qui pourront être utiles à la défense de PARIS. "

Les Français sont, de nouveau, en mode RETRAITE.

La ville de MEAUX est, en définitive, abandonnée à l'ennemi.

NB : Les écrits de LEDRU et de COMPANS sont consultables, dans leur intégralité, au service historique de la Défense, à VINCENNES ( Val de Marne ).

Par Didier Simonnet et Eric Poisson - Publié dans : 1814 Meaux - Communauté : Passion Histoire
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