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La défaite oubliée

Correspondance du 28 août 1944 de Jeannine FEBVRE à sa grand mère résidente en Saône & Loire.

Paris le 28 aout 1944. 

                 Ma chère Grand Mère.

On annonce aujourd'hui sur le journal que la poste fonctionne, aussi j'en profite pour te donner de nos nouvelles et te demander des tiennes. Nous sommes tous en bonne santé, j'espère qu'il en est de même pour toi. Et surtout nous sommes débarrassés des boches, enfin !

Les Parisiens sont enroués à force d'acclamer les forces de la résistance, F.F.I qui sont les forces Françaises de l'intérieur, les Américains, les Anglais, les Français, le Général de Gaulle, Leclerc, la police, etc etc

 

Commémoration Paris aout 2004 ( Photo Didier Simonnet )-- 

Depuis 3 jours ça n'arrête pas. Mais il faut que je te raconte ce qui s'est passé.

Ca a commencé à mal aller vers le 15 août. L'autorité occupante a déclaré que le métro ne fonctionnerait plus. Ensuite du 18 au 20, on a fermé tous les robinets des colonnes de gaz et pour finir, l'éléctricité sera donnée de 22h30 à 5h du matin. Heureusement qu'il fait clair jusqu'à 23h.

Le ravitaillement est pratiquement inexistant et nous nous sommes inscrits à la soupe populaire.

Le soir du 14 août, les Allemands ont commencé à désarmer les agents de police.

Nous apprenions l'avance des alliés à Chartres, Dreux, Orléans, Etampes, Mantes, Rambouillet, Fontainebleau. Le soir, vers 22h30, nous écoutions les communiqués Anglais à la radio.

 

PARIS AOUT 2004 ( Photo Didier Simonnet )-

 

Ma chère Grand Mère. Je reprends ma lettre seulement ce 2 septembre car je ne peux pas encore te la faire parvenir. La poste n'a pas voulu me la prendre pour la Saône & Loire qui n'est pas encore libérée.

Je reprends mon récit du 15 août. Le matin à 11h nous avons eu une alerte, mais pas un seul agent pour nous faire entrer dans les abris, aussi tout le monde se promène le nez en l'air espérant voir arriver les parachutistes Américains.

 

PARIS AOUT 2004 ( Photo Didier Simonnet )

 

Le 17 août, camions, canons, tancks Allemands filaient sur les boulevards en direction de la banlieue Parisienne. Nous ne savions pas très bien ce qui se passait. Nous avions le sentiment qu'ils évacuaient Paris.

Le 19 août, nous apprenons que la résistance s'est emparée de l'Hôtel de Ville et des Mairies de Paris. En effet, le drapeau Français flotte à présent sur celle de notre XI ème arrondissement. Mais tout est vraiment confus car les Allemands sont toujours là.

Les agents de police ont mis un brassard tricolore marqué F.F.I. Ils sont rares, mais dès qu'on en voit un, on l'acclame.

Quelques drapeaux apparaissent aux fenêtres. Des cocardes aux boutonnières et des fleurs tricolores dans les cheveux. Au bazard, on vend des drapeaux en papier, Américains, Anglais, Français.

Mais le soir toutes ces décorations avaient disparu, car on avait compris que c'était un peu tôt et qu'il ne fallait pas provoquer les Allemands assez énervés comme çà.

 

Commémoration Paris aout 2004 ( Photo Didier Simonnet )---

 

Jusqu'au 22 août, les Allemands continuèrent leurs allers et venues dans les rues de Paris, et ce soir là, nous avons commencé à entendre des explosions et des coups de canon. C'était à la fois alarmant et rassurant car ce devait annoncer l'approche des Américains.

Nous nous demandions surtout ce qui allait se passer, nous avions entendu dire que les Allemands faisaient sauter les stocks de munitions.

Le mercredi 23 août c'est le branle-bas, on dit que l'armée Leclerc est arrivée à Arpajon après 17 jours de marche.

Toute la journée dans Paris on voit circuler dans les rues des voitures à bras chargées de ferraille et de sacs de sable. On ne voit presque plus d'Allemands.

 

Commémoration Paris aout 2004 ( Photo Didier Simo-copie-4

 

Vers 16 heures, 10 énormes tanks "Tigres" défilent sur le boulevard Voltaire. Aussitôt qu'ils sont passés, une foule de gens sortent des maisons et à 20 mètres de chez nous, ils se mettent à scier les platanes du boulevard et les couchent en travers de la chaussée.

 

PARIS barricade boulevard Voltaire au métro Charonne Aout 4

Ensuite, ils empilent toute sorte de ferraille pour combler les vides. Celà s'est fait à une telle vitesse, on aurait cru une armée de fourmis.

En une demi heure à peine, une barricade monumentale barrait le boulevard Voltaire.

Un peu plus tard, nous entendons un bruit de moteur, c'est un camion Allemand qui approche. Ca va faire du joli ! il fonce et, dans un fracas de branches cassées, il entre dans la barricade.

C'est d'abord le silence. Puis un homme sort du camion et se met à injurier les imbéciles qui ont fait une barricade au milieu du boulevard.

Je regardais la scène du balcon et celà m'amusait beaucoup car le camion avait été récupéré par les F.F.I  chargé d'armes et de munitions pour les résistants.

 

Commémoration Paris aout 2004 ( Photo Didier Simo-copie-3

 

Après avoir dégagé le camion de la barricade, le reste de la nuit a été très calme. C'est vers minuit en écoutant la T.S.F que nous avons appris avec surprise que Paris venait d'être libèré, qu'il ne restait presque plus d'Allemands et que les derniers étaient réduits à se rendre.

 

Commémoration Paris aout 2004 ( Photo Didier Simo-copie-1

 

PARIS AOUT 2004 ( Photo Didier Simonnet )----

 

Dans le XI ème arrondissement, ça s'est battu assez fort place de la République, à la mitrailleuse et même au canon. Les obus allaient éclater jusqu'à la place de la Nation. L'un d'eux est venu exploser dans l'immeuble d'en face.

 

Boulevard-Voltaire-Aout-1944---Photo-Pierre-Febvre--.jpg

Jeudi 24 août, nous avons donc appris la veille au soir que Paris était libéré.

Maman, depuis samedi, assemblait en hâte des morceaux de crêpes de Chine bleu, blanc et rouge fournis par le magasin Belfort pour en faire des drapeaux.

Le marchand de couleurs lui nous fournit des manches à balai qu'il peint pour en faire des hampes. Mais il nous manque quelque chose : des flèches au bout des hampes. Après une sérieuse délibération, on décide que les hampes seront en aluminium, et Papa part en bicyclette à son atelier où il ne travaillait plus depuis quelques jours en raison des événements, pour nous confectionner ces flèches qui agrémenteront nos drapeaux. Je te raconte celà car nous le vivons comme une véritable fête.

 

Drapeaux-de-la-liberation-Aout-1944---Photos-Didier-Simonn.jpg

 

NDLR : Ces drapeaux au nombre de 3, un Américain, deux Français dont l'un orné d'une Croix de Lorraine existent toujours et sont précieusement conservés par la famille de Didier Simonnet ( photographe du blog ).

 

Drapeau-de-la-liberation---Photo-Pierre-Rene-FEBVRE---Did.jpg

 

Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - La Reconstitution historique

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La défaite oubliée

Histoire militaire de la France ; campagne de 1814 ( Fère-Champenoise, Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, Trilport et Meaux ; cohortes de gardes nationaux et compagnies mobiles de canonniers garde-côtes de Napoléon ) ; bicentenaire de 1814 en Brie et en Champagne ; général Farine du Creux ( 1770-1833 ) ; bataille de la Marne de 1914 ( Marais de Saint-Gond ) ; centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 ( Meaux et Chauconin-Neufmontiers ) ; campagnes de 1940 et de 1944-1945 ; service historique de la Défense ( SHD ) au château de Vincennes ( Val-de-Marne ) ; Santeny ( Val-de-Marne ) ; notre bonne ville de Yerres ( Essonne ).

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