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La défaite oubliée

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Fère Champenoise ( du latin Fera Campanica ) est située à l'est de Sézanne, sur la route qui mène à Vitry-le-François et à Saint-Dizier.

C'est une petite ville traversée par la Vaure et environnée de terres presqu'entièrement consacrées à la culture.

Autrefois entourée de fossés et de murailles, elle possèdait deux églises, un château et un petit couvent.

En 1756, un incendie détruisit plus de 300 maisons en deux heures.

A la suite de cet incendie, la cité a été rebâtie sur un plan plus régulier.

( source : Notions sur les communes du département de la Marne )

 

En traversant Fère-Champenoise, nous avions seulement à l'esprit le sacrifice des gardes nationaux de Pacthod et d'Amey au profit involontaire des petits corps d'armée des maréchaux Marmont et Mortier en retraite accélérée sur la route de Fère-Champenoise à Sézanne.

L'historien Bignon donne une idée précise de la description et de la perception des événements historiques sous la monarchie de Juillet ( 1830-1848 ) :

 

"Cependant les deux maréchaux, rivalisant d'intrépidité et de sang-froid, rallient au delà de Fère-Champenoise leurs troupes incessamment suivies et débordées par l'ennemi. Soudain une canonnade furieuse se fait entendre à une lieue à peine, et semble se rapprocher à chaque instant. Le nom de l'empereur a couru dans les rangs des deux armées ; ce mot magique a suffi pour faire arrêter la poursuite des alliés et ranimer nos soldats. Mais l'empereur est loin, et cette canonnade n'annonce qu'un nouveau désastre.

Six mille hommes environ commandés par les généraux Pacthod et Amey escortaient un convoi considérable destiné à l'armée impériale. Guidés par des ordres contradictoires et tardifs, ou plutôt égarés par la fatalité impitoyable qui pèse sur la France, ils sont aux prises avec la cavalerie de l'armée de Silésie. Ignorant toute la gravité du danger qu'il court, Pacthod a prolongé trop longtemps sa résistance à Villeseneux ; il se voit enfin forcé de se replier sur Fère-Champenoise, et bientôt après d'abandonner son convoi pour tâcher du moins de sauver ses hommes. Vain espoir ! d'un côté, Blücher s'acharne à leur poursuite ; de l'autre, la grande armée alliée le sépare déjà des maréchaux. Suivant la retraite des Français, Schwartzenberg et les souverains entraient dans Fère-Champenoise ; au bruit de ce nouveau combat, ils accourent avec la cavalerie de la garde russe et prussienne. Sous leurs yeux, la lutte recommence avec un nouvel acharnement. Quinze mille hussards ou cosaques s'élancent bride abattue ; quatre-vingts pièces d'artillerie battent en brèche les murailles vivantes que leur oppose le général Pacthod. Après sept heures de combat, nos soldats succombent, non pas vaincus, mais étouffés par les masses ennemies. Ceux qui vivent encore, la plupart couverts de blessures, ont été désarmés de force sans s'être rendus. Un millier environ a pu s'échapper dans les marais, et le reste a trouvé la mort sur le champ de bataille."

 
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     L'église.

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     La gare de Fère-Champenoise.


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L'historien Bignon poursuit ainsi son récit plein d'enthousiasme, de fougue et d'énergie :

 

"Quels sont donc ces Français qui ont ainsi combattu ? Est-ce un dernier débris de ces redoutables armées qui ont dompté l'Europe entière ? Opposaient-ils à l'ennemi la tête de Méduse, l'uniforme de la garde impériale ? Non, ce sont presque tous des gardes nationaux angevins, poitevins et bretons, qui n'ont quitté leurs chaumières que depuis deux mois. Beaucoup d'entre eux, encore vêtus de leurs habits de paysan, l'uniforme des insurgés vendéens de 1793, n'ont comme eux d'autres armes que des fusils de chasse. Un mois auparavant, Napoléon avait passé en revue cette cohorte intrépide. "Montrez, leur avait-il dit, de quoi sont capables les hommes de l'Ouest !" L'oeil d'aigle de l'empereur avait bien vite reconnu en eux des soldats dignes de lui.

O nobles victimes ! héros de Fère-Champenoise ! Vendéens morts en combattant l'étranger ! Dans ces jours de faiblesses et de trahisons, de malheurs et de ténèbres, votre gloire rayonne à jamais ! Tandis que la restauration ( 1814-1830 ) prodiguait les panégyriques et les statues aux héros de conspirations et de guerres civiles, tandis que l'Allemagne élevait de tous côtés des monuments funèbres aux braves de sa landwehr, les ossements de nos défenseurs ont blanchi oubliés dans les plaines de la Champagne, et la France de juillet ( 1830-1848 ) leur doit encore un mausolée ! Puisse du moins leur souvenir, exalté par tous les historiens, demeurer impérissable dans nos coeurs !"

 

Nous espérons qu'à l'occasion du bicentenaire de la campagne de France de 1814, en 2014 précisément, la République Française saura honorer la mémoire collective des gardes nationaux tombés près de Fère-Champenoise, devant les marais de Saint-Gond.

Il est temps de quitter Fère-Champenoise où, malheureusement, notre enthousiasme n'a pas trouvé d'échos. 

Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

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La défaite oubliée

Histoire militaire de la France ; campagne de 1814 ( Fère-Champenoise, Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, Trilport et Meaux ; cohortes de gardes nationaux et compagnies mobiles de canonniers garde-côtes de Napoléon ) ; bicentenaire de 1814 en Brie et en Champagne ; général Farine du Creux ( 1770-1833 ) ; bataille de la Marne de 1914 ( Marais de Saint-Gond ) ; centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 ( Meaux et Chauconin-Neufmontiers ) ; campagnes de 1940 et de 1944-1945 ; service historique de la Défense ( SHD ) au château de Vincennes ( Val-de-Marne ) ; Santeny ( Val-de-Marne ) ; notre bonne ville de Yerres ( Essonne ).

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