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La défaite oubliée

La campagne de France est la suite logique de la campagne d'Allemagne de 1813 qui elle-même découlait de la célèbre campagne de Russie de 1812, marquée par le tragique passage de la Bérézina.

En décembre 1813, alors que s'engage la campagne de France, l'Empire ne s'est toujours pas remis de ses pertes titanesques dans les plaines enneigées de l'empire russe.

"Pour Napoléon, le désastre est irréparable. Ce n'était pas seulement sa puissance militaire qui était frappée, mais tout son système politique européen. Avec la destruction de ses régiments polonais, croulait l'oeuvre de régénération ébauchée par la création du grand-duché de Varsovie. Avec la destruction de ses régiments allemands, croulaient sa Confédération du Rhin, son royaume de Westphalie, tous ses plans d'organisation d'une Germanie soumise à la France. Les deuils que cet immense désastre avait semés dans les autres pays de l'Europe, en Hollande, en Belgique, en Suisse, dans toute l'Italie, de Milan à Naples et de Venise à Turin, et jusque dans les Provinces illyriennes, préparaient la dislocation et l'émiettement de l'empire napoléonien. L'Europe napoléonienne était surtout une Europe des camps et des champs de bataille. Or, presque tout entière, elle était restée dans les plaines de la Russie. A sa place une autre Europe allait se révéler ; elle venait de signifier son avènement, le 30 décembre 1812, par l'éclatante défection de York de Wartenburg. Napoléon s'était donné l'orgueil d'armer contre la Russie jusqu'à vingt nations et de déplacer l'Europe pour ainsi dire, de l'Ouest à l'Est. Alexandre n'allait pas armer moins de nations contre le César français, et cette fois, le flux des masses en armes se ferait de l'est à l'ouest, entraînant dans ses flots, nation par nation, armée par armée, tout ce qui acclamait naguère les aigles de Napoléon" ( LAVISSE et RAMBAUD, Napoléon ).

A propos de l'empire napoléonien, nous vous conseillons de lire le livre de Jean TULARD, Le Grand Empire 1804-1815, publié à la bibliothèque de l'Evolution de l'Humanité, chez Albin Michel.


L'année 1813 a été marquée par la course aux armements et la militarisation des nations en guerre.

L'exemple le plus frappant reste celui de la Prusse qui réussit, en quelques mois, à transformer une petite troupe de 42000 hommes en une véritable armée de 350000 hommes de première ligne.

La Russie, l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre sont parvenues non sans mal, au cours de l'été 1813, à s'allier contre la France, à conclure une alliance qui va se révéler durable dans le temps.  

L'Allemagne étant en 1813 le principal théâtre de la guerre en Europe, Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie, y exerce pleinement son commandement en chef des forces armées.

En son absence de PARIS, Marie-Louise, sa seconde épouse, exerce la régence, une régence soumise à son autorité.

Par exemple, le sénatus-consulte du 9 octobre 1813, signé par l'impératrice-régente, a été au préalable approuvé par Napoléon le 27 septembre 1813.

Cette régence fictive permet de surnommer affectueusement les jeunes gens appelés au service militaire, les Marie-Louises, et ainsi de détourner partiellement l'attention de la population de l'essentiel, l'appel anticipé des classes 1814 et 1815.
  
Cet appel anticipé effectué par le sénatus-consulte du 9 octobre 1813 ne peut, en effet, que susciter de graves inquiétudes dans une population en manque d'informations exactes sur la situation réelle de Napoléon et de la grande armée en Allemagne.

Prologue à l'invasion de la France, la défaite décisive de Leipzig en Saxe n'intervient finalement que le 19 octobre 1813.

Aux côtés des Marie-Louises incorporés dans les divisions de Pacthod et d'Amey, nous trouvons des vétérans de la guerre d'Espagne commencée en 1808.

Parmi les troupes commandées par le général Pacthod à Fère-Champenoise, un bataillon du 54ème de ligne représente bel et bien ces fameux vétérans que nous pourrions appeler les pompiers de l'Empire français dans la mesure où ils interviennent là où l'Empereur en a le plus besoin.

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Hélas ! Napoléon ne peut en aucun cas disposer de l'intégralité de ses troupes d'Espagne, commandées par les brillants maréchaux Soult et Suchet.

Elles ont déjà fort à faire avec les armées espagnoles, portugaises et britanniques, dans le Sud-Ouest de la France, au cours de l'hiver 1813-1814.

Engagés au compte-gouttes en Champagne et dans la Brie, les vétérans de la guerre d'Espagne ne peuvent en aucun cas influer de façon décisive sur le cours des opérations militaires menées par l'Empereur en personne.

En définitive, le salut de l'Empire napoléonien ne peut venir que de levées massives de gardes nationaux.
 
A propos des vétérans d'Espagne, les cahiers du colonel Girard donnent un aperçu saisissant de la pénible traversée du territoire du sud-ouest de la France à la région parisienne :

"Nous étions dans cette situation lorsque notre général en chef reçut de l'Empereur l'ordre de faire partir pour Paris, immédiatement, et en poste, notre division.
Je la devançai afin de m'assurer que les préfets et sous-préfets des départements que nous traversions tenaient bien à notre disposition, comme l'Empereur le leur avait prescrit, le nombre de chevaux et de voitures nécessaires à notre transport. Nous devions marcher jour et nuit, avec un arrêt d'une heure sur vingt-quatre pour le repas des troupes. L'ordre dont j'étais porteur m'enjoignait de rendre compte à l'Empereur de la moindre négligence des hauts fonctionnaires et me donnait tout pouvoir pour accélérer la marche. La plupart des préfets n'avaient pas rempli complétement leur mission ; d'autres ne pouvaient nous fournir que des boeufs.
Ce mois de février 1814 était mauvais. Le méchant état des chemins, la neige, la pluie, la grêle rendaient notre marche excessivement difficile et les autorités nous secondaient d'autant plus mal que l'Empereur ne leur inspirait déjà plus la même crainte ni la même confiance. Malgré tous les obstacles, nous fussions arrivés plus tôt, si à Etampes, un nouvel ordre ne nous eût dirigés sur Melun. Lorsque nous atteignîmes cette ville, le préfet vint nous dire que les Cosaques couraient les campagnes voisines. On n'entendait parler que d'eux. Chacun les voyait partout et nous qui les cherchions ne parvînmes à les rencontrer qu'après deux jours de marche vers Montereau où nous ralliâmes l'aile droite de l'armée commandée par le maréchal Oudinot."

Le dictionnaire des colonels de Napoléon, rédigé par Danielle et Bernard QUINTIN, nous apprend que ce brave colonel Girard fut blessé devant Laon le 9 mars 1814, qu'il se maria le 26 juillet 1814 et qu'il décéda à Toulon ( Var ) le 10 juillet 1846.

En bordure de la D407, route de MEAUX à CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE, l'empereur NAPOLEON III a ordonné en 1866 la réalisation de ce monument, en mémoire des batailles de la campagne de France de février 1814.
   

 

A Montmirail, l'Aigle relève la tête !


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Aux côtés des Marie-Louises et des vétérans de la guerre d'Espagne, nous trouvons des gardes nationaux.

 

La garde nationale ?

 

Une force publique dépendant du ministère de l'Intérieur, pouvant être mise à la disposition du ministère de la Guerre.

 

Les régimes politiques en place se sont toujours méfiés de la garde nationale, institution née au début de la Révolution en 1789 et dissoute brutalement en 1871 aux lendemains de la Commune.

Ils craignaient effectivement d'en perdre le contrôle au profit de leurs opposants et ainsi de créer l'événement propice à leur renversement.

La récupération des armes imprudemment distribuées à des civils constituait, selon eux, une opération à très hauts risques.

Dans ces conditions, moins la garde nationale était mobilisée, mieux les régimes en place se portaient.

L'Empire napoléonien n'a pas dérogé à cette règle de défiance à l'égard de la garde nationale, peu rassemblée jusqu'en 1812, année choisie par Napoléon pour lancer la titanesque expédition de Russie.

Levée suivant la loi dite Jourdan-Delbrel votée en 1798, l'armée de conscription ( service militaire long avec opérations extérieures ), est alors déplacée en masses à travers l'Europe jusqu'aux frontières occidentales de la Russie.

 

La garde nationale ( une de ses missions : service militaire court dans des unités provisoires sans opérations extérieures ) devient, par nécessité, une composante à part entière des forces françaises de l'intérieur de l'Empire napoléonien, dont les armées combattent simultanément sur deux fronts, l'Espagne et la Russie.

La garde nationale est organisée, dès mars 1812, en trois catégories, en trois bans :

. Le premier regroupe les hommes de 20 à 26 ans qui peuvent éventuellement être incorporés en tant que conscrits ( la conscription ) dès lors qu'ils sont sans attache ( célibataire par exemple ) et ont tiré un mauvais numéro ;
. Le deuxième, ceux de 26 à 40 ans ;
. Le troisième ( arrière-ban ), ceux de 40 à 60 ans.

Bien évidemment, l'Empereur Napoléon puise essentiellement dans les deux premiers bans.

Au lendemain du désastre de Russie, il n'hésite pas à créer 22 régiments de ligne, du 135ème au 156ème, avec les cohortes du premier ban de la garde nationale mobilisées en 1812.

Au cours de l'invasion de la France pendant l'hiver 1813-1814, ce qui était totalement inimaginable quelques années auparavant se produit finalement, la garde nationale accède au rang d'armée de première ligne.

 

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Rédacteur des articles "Garde nationale" et "Gardes d'honneur" dans le DICTIONNAIRE NAPOLEON sous la direction de JEAN TULARD, Georges CARROT a écrit un ouvrage, La Garde Nationale ( 1789 - 1871 ) Une force publique ambiguë, publié chez L'Harmattan en 2001, que nous conseillons vivement pour son érudition.

 

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Published by Didier Simonnet et Eric Poisson - - Fère-Champenoise 1814

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La défaite oubliée

Histoire militaire de la France ; campagne de 1814 ( Fère-Champenoise, Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux, Trilport et Meaux ; cohortes de gardes nationaux et compagnies mobiles de canonniers garde-côtes de Napoléon ) ; bicentenaire de 1814 en Brie et en Champagne ; général Farine du Creux ( 1770-1833 ) ; bataille de la Marne de 1914 ( Marais de Saint-Gond ) ; centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 ( Meaux et Chauconin-Neufmontiers ) ; campagnes de 1940 et de 1944-1945 ; service historique de la Défense ( SHD ) au château de Vincennes ( Val-de-Marne ) ; Santeny ( Val-de-Marne ) ; notre bonne ville de Yerres ( Essonne ).

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