Dimanche 20 décembre 2009
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FERME DU LUMERON . QUARTIER GENERAL DE NAPOLEON, DOMINANT CHÂTEAU-THIERRY ET LA VALLEE
DE LA MARNE.


De la ferme de Lumeront, le 12 février 1814, au soir, Napoléon écrit au général Clarke, duc de Feltre, ministre de
la guerre, à Paris :
" L'ennemi a passé la Marne à Château-Thierry et brûlé le pont ; j'ai été obligé de m'arrêter. Je suis logé près
du faubourg de Château-Thierry. J'ai enlevé aujourd'hui à l'ennemi toute son arrière-garde, composée de quatre bataillons russes, trois bataillons prussiens et trois pièces de canon. Tout a été
pris, depuis le général jusqu'à la dernière voiture.
Le nombre de pièces que nous avons prises ne doit pas s'éloigner de soixante à quatre-vingts. Le nombre de
voitures est immense ; les prisonniers sont 8 à 10000. Le corps de Sacken et d'York ne doit pas être aujourd'hui de 12000 hommes.
Les prisonniers vont être envoyés à Paris. Je désire que vous les fassiez entrer avec un peu de pompe et de
manière que le public en soit prévenu.
Je suppose que l'ennemi se porte sur Soissons pour gagner Reims. J'ai donné ordre que Soissons fût mis en état de
défense ; ainsi, j'espère qu'il tiendra. L'Aisne est débordé, et ce sera un obstacle de plus pour l'ennemi. Si le mouvement des Autrichiens sur la Seine ne me rappelle pas, j'espère avoir le
dernier homme de cette armée.
Si le duc de Tarente ( maréchal Macdonald ) s'était porté de la Ferté-sous-Jouarre sur la rive droite de
la Marne, comme il devait le faire, pas un homme n'aurait échappé.
Le général Sacken a été mortellement blessé. Cette armée de Silésie était de beaucoup la meilleure armée de
l'ennemi. On peut compter que les Russes ont soixante régiments anéantis. C'était là la consistance de leur armée, car le général Sacken avait sous ses ordres le corps de Langeron (
un émigré français au service de la Russie ). La quantité de fusils qui se trouve sur le champ de bataille est énorme. Il faudrait envoyer de Paris des entrepreneurs et des individus chargés
spécialement de les ramasser. On a pris des voitures chargées de fusils ; on a recommandé à l'artillerie de les garder ; mais les paysans en sont avides.
J'ai donné le combat de Champaubert, la bataille de Montmirail et le combat de Château-Thierry en engageant
quelques bataillons de ma Garde et la cavalerie de ma Garde. Les dragons se sont couverts de gloire. La vieille Garde a de beaucoup surpassé tout ce que je pouvais attendre d'une troupe d'élite.
C'était absolument la tête de Méduse !
Le général Sacken, à Montmirail, s'était joint au général York et espérait la victoire. Malheureusement, j'ai fait
venir la division Leval qui n'arrive que ce soir à Vieux-Maisons et qui ne m'aura servi de rien.
Il paraît que le duc de Reggio ( maréchal Oudinot ) n'a point encore la division du général Boyer ; elle devait
cependant arriver le 9, et il serait bien important qu'elle fût arrivée.
Il faut que l'artillerie fasse ramasser les pièces dispersées sur le champ de bataille. "


Napoléon exécutant la danse de la victoire à la ferme du Luméron.